La Lettre de la Télécardiologie®

N° 23 Janv. 2008

La Lettre de la Télécardiologie

NOUVELLES PRATIQUES DE SUIVI DES PATIENTS

La Téléc@rdiologie  Une innovation exclusive de

Interview du
Dr Niraj Varma
MD, FRCP

Director, Cardiac EP Laboratories
Associate Professor of Medicine
Loyola University
Department of Cardiology
Loyola University Medical Center, Maywood Chicago

Excellence for Life

Expériences hors des frontières

A propos de l’étude TRUST, regard sur la Télécardiologie aux USA

Dr Varma, le lancement récent de votre étude TRUST est l’occasion pour nous de mieux connaître ce qui se passe de votre côté de l’Atlantique. Où en êtes-vous ?

 

La Statue de la Liberté tenant, en guise de flambeau, un récepteur de télécardiologie

Considérant les réductions importantes de coût déjà étudiées tant du côté suivi des patients (Fauchier, 2005, Elsner REFORM 2006 et AWARE A. Lazarus 2007) que du temps paramédical, nous avons lancé une étude multicentrique et prospective avec 1000 patients porteurs d’un DAI avec Télécardiologie (TC).

Le premier objectif est de savoir si la TC peut réduire les visites de contrôle classiques. Le second, de voir si la TC tient son engagement de détection et d’alarme précoces sur les problèmes cliniques cardiaques significatifs et/ou sur l’état du matériel, c’est-à-dire mieux que les visites à intervalle habituel de 3 mois.

Quels sont les objectifs ?

L’étude doit ainsi confirmer le rôle de la TC comme mécanisme de surveillance extensif de la gestion de l’appareil. L’évolution des indications en DAI et le système de suivi classique induisent des visites de contrôle en dehors d’événements cliniques, limitant celles-ci à des mesures de routine. La TC donne ces données synoptiques « en continu » sur un site crypté, protégé par mot de passe. TRUST a pour objectif de savoir si l’on peut remplacer les visites de routine par la TC.

D’une durée de 15 mois, l’étude doit démontrer la sécurité et l’efficacité du suivi mais aussi un apport conséquent dans la gestion de la fin de vie de l’appareil à un moment où il approche de la période de remplacement par nature imprévisible.

Pour les patients qui reçoivent des chocs, le suivi peut être déterminé sur la base des données transmises sans visite au centre. La qualité générale des soins peut être accrue en augmentant le temps médical dédié au traitement, en réduisant l’hospitalisation et les coûts associés, sans oublier le confort du patient.

Par-dessus tout, la TC donne un rapport journalier. Des données qui resteraient inconnues deviennent visibles, améliorant le suivi du patient. Ajoutée à cela l’information sur les défaillances techniques, rappels ou anomalies de fonctionnement, on voit que la surveillance à distance ainsi mise en place met complètement en application les recommandations de la HRS pour ce type de matériel.

Les visites mensuelles coûtent cher, comme le remplacement prématuré qui n’est pas sans risque. TRUST a donc une importance significative dans la gestion future des implants cardiaques dans ce sens qu’elle dessine les contours d’un suivi très fin des patients.

à l’issue de l’étude nous escomptons que le nombre de visites régulières sera de 4 à 5 par période de 2 ans et demi.

Mari Anne La Fleur, une enseignante de Wheaton (Illinois) a été la première patiente américaine à recevoir un Lumos VR-T et à bénéficier de la Télécardiologie.

Vous avez été le premier à utiliser la Télécardiologie aux USA, pouvez-vous nous dire ce que vous en escomptiez ?

Mari Anne Lafleur, a popularisé la TC à travers les médias. Un de ses proches souffrant du syndrome de Brugada a échappé à une mort subite, Mari Anne présentant elle-même des signes du même syndrome courrait le même risque. L’indication étant le traitement par DAI il a été décidé en 2005 de l’implanter du premier modèle avec transmission automatique de l’ECG.

Nous la suivons depuis lors, et elle va bien. En l’absence de symptômes supplémentaires, elle est suivie à distance et a seulement une visite annuelle au centre.

Qu’est-ce qui a changé depuis le début ?

C’est principalement la perception de la Télécardiologie par les cardiologues qui a évolué. J’ai pu le mesurer au cours des conférences que je donne tant à l’Université que dans le cadre de la HRS et de l’ACC sur l’évolution de la pratique médicale.

Au départ, mon auditoire réservait un accueil assez froid à cette nouveauté, principalement par méfiance vis-à-vis de la surcharge de travail qu’elle risquait d’engendrer. Peu à peu la TC a mieux fait reconnaître ses bénéfices et a rassuré sur le nombre de transmissions des événements. J’ajoute que sollicités par des patients de plus en plus informés, les cardiologues ont été amenés à faire évoluer leur point de vue : la question du patient serait plutôt à présent de savoir pourquoi, pour une indication recommandée, il n’aurait pas prescrit la TC !

Quelle est la situation du remboursement aux USA ?

Nous avons 2 codes : on distingue ici le suivi avec et sans reprogrammation. En 2007, le taux national moyen de remboursement pour le suivi d’un DAI double chambre est de 82,38 $ (56 euros), qui va de 107 $ (73 euros) à Santa Clara en Californie à 72,57 $ (50 euros) dans le Missouri.

Vous êtes dans un centre universitaire, mais quel est l’état de l’art en dehors des cercles académiques ?

La Télécardiologie est depuis longtemps sortie des cercles académiques, il y a plus de 1 000 centres de rythmologie actifs aux USA et plus de 25 000 patients suivis.

Combien de patients suivez-vous par Télécardiologie à Loyola et pour quelles indications ?

Nous suivons 75 patients. Sauf si le patient refuse (moins de 5 % des cas) je propose toujours la TC en particulier pour les patients venant de zones rurales éloignées, soit parfois plus de 4 heures dans l’Illinois. Nous faisons évoluer aussi les autres systèmes vers leurs propres suivis à distance.

Quel regard portez-vous sur les systèmes de télécardiologie aux USA ?

à mon sens, aucun autre système ne rivalise à ce jour avec Biotronik, car aucun n’a le même pouvoir de surveillance en continu qui préserve au patient sa mobilité et donne accès directement à des données de qualité. Ce sont des atouts difficiles à concurrencer.

L’aspect économique est aussi primordial et j’observe que des lignes bougent sur ce front aussi, certains industriels ayant dû l’an passé revoir leur modèle financier.

La Télécardiologie, instrument de la détection précoce