Télécardiologie :
des résultats probants
L’étude Œdipe ouvre la voie à une nouvelle modalité de prise en charge postopératoire basée sur une hospitalisation courte et un suivi par Télécardiologie.
Dr Halimi, quelle est la genèse de l’étude ŒDIPE ?
En 2003, la Télécardiologie commençait à susciter des attentes favorables, mais nous voulions des preuves. Une réorganisation du suivi postopératoire nous a semblé possible grâce à l’utilisation de la Télécardiologie : réduction de la durée de prise en charge postopératoire, suivi continu pendant le premier mois après l’implantation, réduction des coûts liés au séjour en structure médicalisée, moindre exposition aux risques infectieux, avec à la clef le confort du patient. Encore fallait-il démontrer que c’était en toute sécurité.
Quel était votre objectif ?
Nous avons proposé Œdipe, une étude prospective randomisée entre :
- un groupe actif qui, sous condition d’éligibilité, s’est vu proposer une sortie post-opératoire rapide, 4 à 6 heures après un remplacement de boîtier et sous 24 heures pour une primo-implantation, avec surveillance quotidienne pendant 1 mois par Télécardiologie,
- un groupe contrôle qui suivait des modalités de prise en charge classiques selon les habitudes des centres participants, mais qui ne bénéficiait pas d’un suivi à distance.
Pour des raisons de sécurité, nous avons conçu Œdipe comme une étude de non infériorité, en comparant le pourcentage de patients du groupe actif ayant développé au moins un événement indésirable sérieux (EIS), par rapport à celui des patients tirés au sort dans le groupe contrôle, au terme d’un mois de suivi.
Grâce à la contribution du Pr Jacques Clementy et du Dr Patrick Attuel, et à la participation des nombreux centres publics et privés que je tiens à remercier, nous avons conduit cette étude qui vient d’être publiée dans Europace et qui apporte des réponses concrètes.
Les résultats ont-ils confirmé vos hypothèses ?
L’hypothèse primaire de l’étude Œdipe a été atteinte statistiquement sans difficultés puisque, conformément aux définitions retenues, 9,2 % des patients du groupe actif ont développé un EIS contre 13,3 % dans le groupe contrôle, ce qui correspond même à une réduction du risque absolu de 4,1 %. Ayant confirmé qu’une réduction de la durée d’hospitalisation postopératoire associée à une surveillance par Télécardiologie n’était pas préjudiciable, nous avons constaté que cette pratique apparaissait même bénéfique pour les patients, cela étant à mettre au crédit de la surveillance à distance.
Une surveillance améliorée, de quelle manière ?
“ … au delà de la non infériorité, un bénéfice pour les patients du groupe actif s’est clairement dégagé.”
Nous avons peut-être pêché par excès de prudence dans la définition de nos objectifs, car au delà de la non infériorité, un bénéfice pour les patients du groupe actif s’est clairement dégagé.
Une perte de chance pour les patients du groupe contrôle, en somme ?
En quelque sorte, mais je le souligne, ce qui suit ne constitue pas l’objectif primaire de l’étude :
- le fait qu’il y ait moins d’EIS dans le groupe actif par rapport au groupe contrôle, mais plus d’événements indésirables non sérieux (EINS) pour un nombre total équivalent d’événements indésirables (EI) dEI de nature technique sont mieux détectés que les complications proprement d’ordre médical, comme par exemple un hématome de loge.
- Dans le grans les deux groupes, nous conduit à penser que la Télécardiologie permet une détection précoces des EINS avant que ceux-ci ne deviennent sérieux. On parle ici du nombre des EI en valeur absolue. Clairement, les oupe actif, 12 suivis intermédiaires ont été déclenchés par un message d’alerte pour un nombre total de 20 EI dénombrés au terme de l’étude dans ce groupe.
- La télécardiologie a permis d’anticiper de 20 jours en moyenne la détection d’un EIS, avec un temps de réaction médical d’environ 3 jours, contre près de 7 dans le groupe contrôle surveillé classiquement.
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- Pas de différence significative entre le pourcentage de patients présentant au moins un EIS lié à la procédure dans le groupe actif et le groupe contrôle.
- Réduction significative de 23 % du nombre d’EIS dans le groupe actif (vs groupe contrôle) pour un nombre total d’EI équivalent dans les 2 groupes.
- 50 % des EI surviennent après la sortie.
EI : événements indésirables
EIS : événements indésirables sérieux
EINS : événements indésirables non sérieux |
Qu’est-ce qui change pour le suivi postopératoire ?
On se situe ici à la fois sur le plan médical mais aussi sur le versant médico-économique et organisationnel de l’étude. Nous avons constaté qu’il y a une réticence naturelle à faire sortir rapidement les patients après un geste opératoire, sachant que l’incidence des complications est plus importante pendant cette période. Cette tendance est moins franche dans les centres les plus expérimentés et on nous a parfois objecté qu’une prise en charge de type “ Œdipe ” était déjà la règle, mais sur quels fondements ?
Sur un plan pratique nous avons pu démontrer que :
- la durée moyenne d’hospitalisation a été réduite de 34 % dans le groupe actif. Certes, ce résultat est intrinsèque au design de l’étude mais il confirme qu’une hospitalisation de 24 heures n’est pas de pratique courante dans tous les centres puisque la durée moyenne du séjour postopératoire était de 2,8 jours dans le groupe contrôle,
- la qualité de vie n’est pas altérée par l’usage de la Télécardiologie (questionnaire SF36).
“ Cette étude constitue un élément de crédibilité qui nous conduira à faire, je l’espère, de l’innovation une règle de bonne pratique médicale.”
La surcharge de travail générée par la Télécardiologie a-t-elle été étudiée ?
C’est un autre point que l’étude aborde : nous avons quantifié le nombre de messages et le résultat est rassurant pour ceux qui craignaient une astreinte importante. Nous l’avons estimé à 0,5 message par patient pendant le premier mois postopératoire après le cinquième jour. En outre, 40 % des patients n’émettent aucun message d’alerte !
Comment voyez-vous l’après Œdipe ?
L’étude Œdipe ouvre la voie d’une nouvelle modalité de prise en charge basée sur une hospitalisation courte et un suivi par Télécardiologie. Au-delà de nos résultats on voit s’esquisser une pratique strictement ambulatoire qui sera facilitée pour toutes les prothèses équipées de Télécardiologie. Le bénéfice attendu concerne essentiellement la sécurité des malades implantés, le confort des patients, et la fluidité de la prise en charge hospitalière. C’est une nouvelle pratique médicale qu’il faut anticiper. Celle-ci ne sera possible qu’avec l’évolution du cadre réglementaire. Cette étude constitue un élément de crédibilité qui nous conduira à faire, je l’espère, de l’innovation une règle de bonne pratique médicale.
CONSEIL DES MINISTRES 5 NOV. 2008
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Roseline Bachelot Ministre de la santé, de la jeunesse, des sports et de la vie associative |
Les technologies du numérique au service de la santé
R. Bachelot, Ministre de la santé, de la jeunesse, des sports et de la vie associative a présenté une communication relative aux technologies du numérique au service de la santé.
(…) le Gouvernement a retenu un certain nombre de mesures, qui s’ajoutent au déploiement prévu à partir de 2010 du dossier médical personnel (DMP) :
- Dès 2009, seront créés des centres d’expertise en imagerie médicale fonctionnant 24 heures sur 24, où des spécialistes délivreront un avis à distance et en temps réel dans certaines disciplines comme la neuro-radiologie ou la cardiologie interventionnelle.
- En 2009 également, seront levés les derniers freins juridiques au développement de la e-santé en termes de responsabilité et de financement, par des conventions-types et des précisions réglementaires.
- Le plan de modernisation du système de soins « Hôpital 2012 » mobilisera des moyens importants pour que les hôpitaux se dotent de systèmes d’information performants garantissant l’interopérabilité et la sécurité.
- Création de deux nouvelles agences, l’Agence pour les systèmes d’information de santé partagés (ASIP), regroupant la gestion du dossier médical personnel, de la carte des professionnels de santé et des systèmes d’information hospitaliers et l’Agence nationale d’appui à la performance des établissements de santé et médico-sociaux (l’ANAP).